Le jugement en référé rendu lundi matin condamnant Entrevue dans l'affaire des photos de Valérie Bègue est le prototype même de l'hypocrisie judiciaire portée à l'extrème.
En apparence, Valérie Bègue a gagné et Entrevue a perdu. Pourtant, Me Alain Rapady, l'avocat du magazine parisien avait le sourire en sortant de l'audience. Explications...
D'abord, il convient de rappeler que l'affaire n'a pas été examinée vendredi dernier par un juge normal. On était dans ce qu'on appelle la procédure du référé, qui suppose une urgence. Urgence qui implique dans tous les tribunaux de France un jugement dans les délais les plus brefs. La plupart du temps, dans l'heure ou les heures suivant l'audience.
L'affaire ayant été examinée vendredi matin, on pouvait s'attendre à un jugement dans l'après-midi. Voire même immédiat. C'est d'ailleurs ce que réclamait Me Ikbal Akhoun, l'avocat de Valérie Bègue. D'autant que le magazine Entrevue n'avait pas encore été distribué à la Réunion. Les 4.000 exemplaires étaient dans les camions, prêts à être distribués et le directeur de l'ARDP, qui distribue la quasi-totalité des journaux à la Réunion, était présent à l'audience et attendait pour savoir s'il fallait livrer ou pas. Imaginez que le tribunal ordonne en fin d'après-midi de vendredi le retrait de tous les invendus des points de vente, et il aurait du mettre en place une tournée spéciale qui aurait coûté très cher. Il était donc suspendu à la décision du juge.
Et de décision, il n'y en eut pas. Malgré l'urgence.
Le juge a préféré préparer son réveillon tranquillement, et annoncer qu'il rendrait sa décision 72 heures plus tard, le lundi matin. Tout en sachant pertinemment qu'à cette date, la totalité des 4.000 exemplaires auraient déjà été vendus ! Autrement dit, il savait qu'en agissant de la sorte, sa décision ne servirait à rien. Ce qui ne l'a pas arrêté pour autant.
Et que l'on ne vienne pas nous dire qu'il n'avait pas le temps d'examiner le dossier dans la journée de vendredi. Tout étudiant en licence ou en maîtrise de Droit est habitué à effectuer des commentaires d'arrêts en 2 ou 3 heures. Il serait quand même étonnant qu'un juge dont on a estimé qu'il avait l'expérience pour occuper le poste de juge des référés, ne soit pas capable de le faire !
Dans son jugement, il a en outre prononcé l'interdiction des affichettes publicitaires d'Entrevue à la Réunion. Bien vu, sauf qu'il n'y en a jamais eu ! Par contre, Me Akhoun avait demandé leur interdiction en Métropole et ça, bizarrement, il n'en est fait mention nulle part...
Même la décision d'octroyer des dommages et intérêts à hauteur de 15.000€ ne sert pas à grand chose, ne s'agissant que d'une mesure provisionnelle. Ce qui signifie qu'elle doit encore être confirmée par le jugement "au fond"...
Et voilà comment, alors qu'on a apparemment gagné, on a en réalité perdu...
Ce que je trouvre ecoeurant par dessus tout,c'est le fait de rester "Miss France". Mais... pas de participation a aucune élection, elle ne "sert" à rien donc, le mieux serait de démissioner pour le fermer leur clapet à toutes et tous là-bas !
je viens d'apprendre que c'est une autre Miss qui représentera la France, on s'est foutu de la Réunion dans cette histoire,
Le chapeau a parlé et a eu le dernier mot...
Rédigé par: tonymontana | 07 janvier 2008 à 16:28
Le débat va pencher maintenant du côté pénal avec l'information ouverte par le parquet de St Denis ; au vu ds chefs d'accusation susceptibles d'être retenus conre celui ou celle qui a participé à la diffusion des photos, la section recherches de la Gie Nat a été saisie et je pense qu'une commission rogatoire leur a été confiée avec tous les pouvoirs d'investigation qu'impliquent cette procédure : relevés bancaires, ficoba, france telecom activités cartes bancaires et autres sfr.
Il va y avoir de la production d'huile dans peu de temps...
Rédigé par: k_serle_qui | 03 janvier 2008 à 18:02
Non, non ROTTLEUTHNER, il ne faut pas oublier une chose quand-même: une interdiction de paraître est un évènement très lourd (financièrement) pour une entreprise de presse, il ne faut donc pas l'utiliser n'importe comment.
En l'occurence, je regrette, mais il ne s'agit pas de la vie privée de Valérie, mais de droit à l'image. Ce n'est pas pareil. Il n'y avait aucun préjudice à faire paraître ces photos qui ne sont pas des photos de nu, ou des photos compromettantes (si elle avait été en compagnie de son amant par exemple...).
Valérie Bègue a vu un préjudice à ces photos UNIQUEMENT parce qu'elles venaient clasher avec le contrat signé pour être miss, c'est tout!!!
Si elle n'avait pas été élue, la parution de ces photos n'aurait posé aucun problème en fait!!!
Donc, le juge a eu raison, selon moi, de ne pas accepter le référé.
Je trouve même qu'il a été assez léger d'interdire le mag *uniquement* à la Réunion, ça sent l'embrouille je trouve.
En effet, pourquoi uniquement à la Réunion, hummm?
Elle n'est pas miss France la fifille?
Alors?
Rédigé par: ElGeko | 03 janvier 2008 à 08:41
Lu ce jour sur le site de Libé:
"Le réflexe identitaire, conjugué à la peopolisation, suffit-il à expliquer l’ampleur de cette mobilisation, qui inquiète certaines personnalités politiques et intellectuelles de l’île ? Une «mascarade», dénoncent-ils, comme la députée Huguette Bello (apparenté PCR), à la tête de l’Union des femmes réunionnaises. Cette affaire l’agace : «Nous avons dénoncé ce type de concours consacrant la femme objet, mais sans succès. Si Mme de Fontenay croit encore élire chaque année la rosière de France…» L’élue communiste rappelle qu’«à la rentrée, soixante-dix postes précaires seront supprimés dans les établissements scolaires. Cela ne mobilise guère.»
«Manipulation politique»
Le sociologue Raoul Lucas, enseignant à l’université de la Réunion, refuse de voir dans ce mouvement de masse une revendication identitaire ou une question de dignité : «Cela a tout de la manipulation politique. A quelques mois des municipales, il s’agit de ne pas se mettre à dos les électeurs, en ne volant pas au secours de la plus populaire des Réunionnaises. On verse dans la consécration de la superficialité et du paraître au détriment de questions économiques et sociales dramatiques», juge-t-il. La manifestation de soutien à Valérie Bègue a fait bondir ce sociologue : «Le sénateur Jean-Paul Virapoullé, de la droite dure, défilant à côté de plusieurs membres du Parti communiste réunionnais et de Nassimah Dindar, la présidente sarkozyste du conseil général, c’est vraiment cocasse…»
Rédigé par: lahope | 03 janvier 2008 à 07:38
El Geko, je ne te comprends pas. Tu ne penses pas qu'en interdisant la distribution le juge aurait pu dire à cette revue de respecter la vie privée? Ton raisonement conduit à tous les travers du non respect de la liberté de chacun.
Rédigé par: rottleuthner | 03 janvier 2008 à 04:34
Même si -en effet- tout celà sent l'hypocrisie à plein nez, Je trouve tout à fait normal qu'Entrevue n'ait pas été condamné au retrait car en fait, il n'y a aucun préjudice réel envers Valérie nécéssitant une procédure d'urgence.
Il ne s'agit pas de photos de nu!
Il ne s'agit pas de photos volées (par Entrevue).
Il s'agit de photos faites avec l'accord préalable et tacite de Valérie.
Qu'ensuite elle refuse leur parution est tout à fait de son droit bien évidemment.
Mais le référé est vraiment une procédure d'urgence et y avoir recours pour un oui ou un non n'est pas dans l'esprit de la Loi.
Heureusement que le juge ne l'a pas accepté dans ce cas là.
Je rappelle de plus que -de toutes façons- tout le monde pouvait (et peut encore) voir ces photos -gratuitement- sur le Web.
Il était donc un peu "couillon" d'empêcher -sur un prétexte fallacieux- la parution des même images imprimées.
Rédigé par: ElGeko | 02 janvier 2008 à 07:43
Cette remarque sur les études de droit n'engage que toi Myr. Pour ce qui est de la décision, je l'avais annoncé dès le départ. Elle n'est pas l'issue d'un travail bâclé d'un juge incompétent, mais la décision hypocrite d'un juge manquant de courage. Le courage de quoi ? De dire que la requête du demandeur était très mal défendue et que le défendeur avait de très bons arguments. Rapady a au raison sur toute la ligne dans son argumentaire juridique, Akhoun a été mauvais (sur cette affaire, je ne porte aucun jugement personnel). Le juge l'a intégré tout de suite. Mais comment aurait-il pu rejeter la demande de la famille Bègue sans provoquer un nouveau scandale dans la population, voir son nom jeté en pâture sur radio Colombe et rejoindre la conspiration des zoreils racistes ? En donnant raison à la famille Bègue, mais trop tard, pour que se décision ne serve à rien. En mentant à la victime (car notre miss est évidemment une victime dans l'histoire) sur ses prétentions, après avoir laissé Entrevue écouler son meilleur tirage à la Réunion. Pas d'incompétence ici donc. Juste de la couardise judiciaire dans un contexte local tendu.
Rédigé par: Grachus | 02 janvier 2008 à 05:24
En fait le juge dois sûrement être complice de fait du responsable des ventes de la revue. Mais que peut on faire devant tant de mauvais professionnels qui nous prennent pour des « C ». Rien !!!, car nous avons vu, encore une fois de plus, le manque de solidarité du réunionnais qui a couru acheter la revue au lieu d'être uni devant une telle saloperie. C'est triste, mais c'est une évidence dans tous les domaines : avion, routes, justice.... Alors Bonne année et ...peu d'espoir
Rédigé par: rottleuthner | 02 janvier 2008 à 04:38
Si tous les juges savaient juger, ça se saurait.
A quand des tests psychotechniques comme lorsqu'on veut vraiment sélectionner sérieusement ?
Moi aussi, j'avais commencé des études de droit. C'était parce que je ne savais pas quoi foutre et parce que je savais que j'étais trop con pour faire autre chose !
:-D
Dans un sursaut d'honnêteté j'ai changé de voie. Bien d'autres auraient dû faire pareil. Je vous le dis, car j'en lis parfois des jugements et des arrêts ... et je confirme que certains auraient mieux fait de choisir le gauche plutôt que le droit.
Rédigé par: MYR | 01 janvier 2008 à 22:17