"oula pierrot !!! ce que tu suggères là, surtout en Afrique du Sud, confère à quoi ? la ségrégation via une autre forme ? au désengagement du public face au privé? je suis pas d'accord avec toi sur ce point là" (Nicolas de louest).
Je choisis un article plutôt qu'un commentaire au commentaire pour répondre à Nicolas de louest car ma réponse sera longue, et surtout qu'elle va aller bien au dela de la seule problématique du Waterfront.
Non, Nicolas de louest, loin de moi l'idée de créer une nouvelle ségrégation par l'argent. Car c'est bien de cela dont il s'agit dans tes propos. Même si elle existe de fait, en Afrique du Sud...
Non, je pars simplement d'un constat sur lequel, je crois, l'immense majorité des lecteurs de ce Petit Journal sont d'accord : Dans la plupart des cas, nos élus ne sont pas au niveau en matière d'aménagement.
Face à ce constat, quoi faire?
Continuer à s'abriter derrière le rôle nécessaire des services publics, et rester ensuite les bras croisés? Et continuer à se lamenter dans les diners en ville, dans les commentaires de ce Blog ou sur les ondes des radios? Tu conviendras avec moi que, dans 10 ou 20 ans, nous risquons de ne pas avoir beaucoup avancé!
Autre solution : faire confiance à l'intelligence et aux moyens financiers de la société civile. Bien sûr que ce ne sera pas gratuit, bien sûr que s'ils le font c'est qu'ils espèrent en retirer des bénéfices. Mais s'agissant de leur argent, on peut s'attendre à moins de gaspillages. On peut également espérer faire l'économie des incontournables pots-de-vins... Et, au moins, ces investisseurs ont des idées. A charge ensuite pour l'élu d'inclure tout cela dans un schéma d'aménagement global.
Prenons l'exemple du Pôle Océan : Il est quand même symptomatique que ce soit un privé, François Caillé qui ait porté le projet. Projet que René-Paul Victoria s'est ensuite approprié dans son bilan municipal.
J'en profite pour rappeler ma position sur le Pôle Océan.
C'est dans l'ensemble un bon projet. Je lui reproche simplement deux choses :
1) Que la Mairie justement, se soit raccrochée au projet pour une part très minime, permettant ainsi à François Caillé, par le biais de la déclaration d'utilité publique, d'exproprier des familles qui étaient propriétaires de leurs biens depuis plusieurs générations, et qu'on n'a pas justement rétribué. Si la Mairie n'avait pas été partie prenante au projet, François Caillé aurait dû négocier individuellement avec chacun des propriétaires et ils auraient pu espérer retirer un meilleur prix de leur bien.
2) Le deuxième point est capital à mes yeux et c'est un problème qui n'est quasiment jamais abordé : l'illusion de concurrence donnée aux Réunionnais, alors que celle-ci n'existe pas.
Prenons le cas du Waterfront, puisqu'on en parlait : Il y a des centaines et des centaines de boutiques, ce qui permet une réelle concurrence.
Dans le futur Pôle Océan, la plupart des boutiques seront des franchises. Or, il faut savoir que la quasi-totalité des franchises à la Réunion est détenue par 3 ou 4 grands groupes : Ravate, Hayot, Ganthy. Quelle concurrence espérer quand, sous des noms différents, ce sont les mêmes patrons qui tiennent l'ensemble des boutiques?
Prenons l'exemple de la récente inauguration du magasin Leroy Merlin à Sainte-Marie. Vous vous dites que les prix sont trop chers chez Ravate, et souhaitez aller voir ce que fait la concurrence chez Leroy Merlin? Pas de chance, c'est une société du groupe Ravate. Chez Lapeyre alors? Toujours le même groupe!
Et je pourrais prendre plusieurs autres exemples oû, sous des noms différents, des groupes possèdent une situation de quasi-monopole.
Le rachat de sociétés concurrentes ou la création de nouvelles entités, qui apparaissent comme des solutions de bonne gestion partout ailleurs, aboutissent à une sclérose supplémentaire de notre économie, vu la taille de son marché. Et donnent les moyens à ceux qui sont déja installés de briser les reins de tout nouveau concurrent qui pourrait avoir l'outrecuidance de venir contester leur monopole de fait.
La seule solution, dans un tel contexte, résiderait dans la venue d'autres grands groupes nationaux ou internationaux qui auraient les moyens de lutter à armes égales, dès le départ, avec nos mastodontes locaux. Et à une augmentation des moyens de la Répression des Fraudes, qui verrait renforcer son rôle de surveillance des ententes sur les prix.
Mais cela signifie, dans le même temps, la renonciation de voir émerger de nouvelles PME réunionnaises, incapables de se battre dans cette guerre de mastodontes...
Une infime partie de la galerie commerciale de Waterfront, de nuit...

faudrait surtout s'interroger du pourquoi du comment d'une autorisation d'autorité publique pour le groupe caillé...voilà un point particulier à creuser, non ? ce compte, n'importe quel projet peut spolier des propriétaires... Méfiance ou défiance vis à vis du capitalisme réunionnais...?
Rédigé par: nicolas de louest | 22 janvier 2008 à 12:59
Pierrot, je partage le constat mais suis en désaccord avec les solutions qui consistent à faire croire que le privé gère mieux que le public.
Dans le désordre de tes arguments :
- ne pas omettre d'associer à l'incompétence des politiques, celle partielle des fonctionnaires territoriaux. on ne peut imaginer un seul instant un édile allant contre vents et marées, et surtout sans le soutien de certains de ces administratifs.
- faire confiance à l'intelligence et aux moyens financiers : la crise actuelle des subprimes démontrent bien que l'on ne peut faire confiance au capitalisme, et que celui-ci doit être encadré par la puissance politique.
- au titre des élections à la Réunion de tout bord, je confirme les relations étroites entre politique et économique, et confirme également que les choix de certaines sociétés dans certains marchés, sont la conséquence directe du juste retour à l'envoyeur. croire que le montant maximum de dépenses autorisées pour les comptes de campagne suffit à financer la réalité des dépenses mises bout à bout, relève d'une naïveté et d'une candeur que la majorité doit connaître et appréhender.
pour le reste, la main mise de certains sur l'économie réunionnaise, je rappelle juste un commentaire précédent sur la partie courrier, et effectivement relatif à la famille Ravate, dont on peut se féliciter de la réussite économique, ainsi que celles des autres. Se pose malgré tout la question de la redistribution des gains de productivité, et de la cohérence des politiques tarifaires pratigués en situation d'absence avérée de concurrence entre les secteurs principaux de l'économie réunionnaise. la capacité d'investissement du groupe Ravate, par exemple, est à peu ou prou égale ou supérieure à 10 millions d'euro annuellement.
Alors conforter ces familles dans le rôle moteur qu'ils pourraient jouer dans l'aménagement urbain, reviendrait à leur faire cadeau de "terrains de jeux" sur lesquels ils souhaiteraient sans doute pouvoir oeuvrer. N'oublions pas que SPAG (actionnaire Ravate) s'est vu confié récemment au détriment des SEM d'aménagement public dont les directeurs sont payés grassement, un aménagement conséquent d'un quartier de st denis, si ma mémoire est bonne, et je sais que tu confirmeras ou infirmeras ce que je dis.
En conclusion, la puissance publique, l'état et les services des collectivités doivent jouer leur rôle pleinement, mieux que ce qu'elles font à l'heure actuelle sans nul doute. A quand donc la mesure de la performance et la qualité des "ressources humaines" dans les collectivités et la fonction publique. Rappelons que le secteur public recrute sur concours, et que le secteur privé recrute en fonction de ses besoins et de l'intérêt que peut revêtir tel ou tel profil pour l'actionnaire d'une entreprise. Si ce profil ne va pas dans le sens de l'actionnaire, bien évidemment, il est dégagé manu militari. c'est aussi le cas pour les politiques, mais parfois, on dégage des gens compétents qui ne vont pas dans le sens démagogique de certains politiques. Alors, à quoi, à qui se fier ? à la règle du plus puissant ? Non, le service publique doit perdurer et s'améliorer, tout comme la classe politique doit n'avoir en son sein que des gens compétents, et non pas des distributeurs d'emplois aidés...on se rejoint, je pense, pierrot, sur pas mal de sujet, non ?
Rédigé par: nicolas de louest | 22 janvier 2008 à 12:48
"La seule solution, dans un tel contexte, résiderait dans la venue d'autres grands groupes nationaux ou internationaux qui auraient les moyens de lutter à armes égales, dès le départ, avec nos mastodontes locaux. Et à une augmentation des moyens de la Répression des Fraudes, qui verrait renforcer son rôle de surveillance des ententes sur les prix.
Mais cela signifie, dans le même temps, la renonciation de voir émerger de nouvelles PME réunionnaises, incapables de se battre dans cette guerre de mastodontes..."
De toutes façons les "mastodontes" locaux comme Ravate justement empechent l'emmergence de nouvelles PME réunionnaise donc au final c'est le consommateur qui trinque... alors la venue de firmes internationales (et non pas de franchises) ne me generait pas plus que ça.
Rédigé par: Rud | 22 janvier 2008 à 12:08