Deux récupérations politiques m'énervent dans ce qu'il convient aujourd'hui de qualifier d'"affaire Guy Môquet".
La récupération de Nicolas Sarkozy qui, au nom d'une "ouverture" qu'il souhaitait à un moment aller jusqu'à certains cadres du PCF (dont Jean-Marie Bockel...), n'a pas hésité à faire les yeux doux au Parti communiste... Et, dans le même temps, probablement faire oublier l'affaire des test ADN.
Tout ou presque a été dit sur cette manoeuvre, et je ne vais donc pas y revenir.
Mais il en est une autre qui m'énerve tout autant : la tentative du Parti communiste français de présenter Guy Môquet comme un résistant, victime des nazis. Ca me rappelle étrangement la même tentative de travestissement de la vérité menée à la Réunion par le PCR à propos de l'assassinat d'Alexis de Villeneuve !
En fait, Guy Môquet a été arrêté par les Allemands en tant que militant communiste pour distribution illégale de tracts, tracts dans lesquels par exemple le PCF dénonçait "des magnats d'industrie (Schneider, De Wendel, Michelin, Mercier [...]), [qui] tous, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l'ont contraint à subir l'occupation étrangère [...]".
Autre tract édité par le Parti comuniste français : "Soldats français, les ouvriers allemands ne sont pas vos ennemis. Contre votre ennemi, le capitalisme international. Fraternisez ! Fraternisez !"
"Juifs", "francs-maçons", des ennemis que le PCF partageait étrangement avec le régime de Pétain et les Allemands. Cette "proximité" s'explique par l'alignement total du PCF sur l'URSS, lui même très proche de l'Allemagne avec qui il avait signé à la mi-1941 le fameux Pacte germano-soviétique.
Le PCF n'avait d'ailleurs pas hésité, dans les jours qui avaient suivi l'entrée des soldats allemands à Paris, à négocier avec le régime nazi pour obtenir la reparution du journal l'Humanité.
Et ce n'est qu'à la mi-1941, quand Hitler rompit de fait le Pacte germano-soviétique en envahissant l'URSS, que le PCF entra réellement dans la Résistance...
Quelques semaines plus tard, en octobre 1941, des militants communistes abattaient un officier allemand et, en représailles, les nazis décidaient de fusiller un certain nombre de prisonniers communistes, dont... Guy Môquet qui croupissait toujours en prison depuis un an, pour sa distribution de tracts.
Pour vous aider à mieux comprendre le sujet, je vous propose un commentaire polémique de l'article de Wikipédia (encyclopédie en ligne) consacré au rôle du PCF au début de la Guerre.
Selon Wikipédia, «Guy Môquet (né le 26 avril 1924 et mort le 22 octobre 1941) est un militant communiste, célèbre pour être le plus jeune des vingt-sept otages du camp de Châteaubriant, fusillés en représailles après la mort de Karl Hotz.»
Tout à fait exact, et la suite aussi: «Guy Môquet était le fils d'un syndicaliste cheminot, député communiste du 17e arrondissement de Paris, Prosper Môquet. Le parti communiste ayant été dissous par [le radical-socialiste, étiquette politique oubliée] Edouard Daladier en septembre 1939 en raison de son soutien au Pacte Molotov-Ribbentrop, Prosper Môquet est arrêté le 10 octobre 1939 [pour «intelligence avec l'ennemi», fait curieusement omis], déchu de son mandat de député en février 1940 et plus tard déporté dans l'un des camps de concentration français en Algérie.»
C'est donc le gouvernement du Front populaire qui dissout le PCF parce qu'il prône, suite au pacte de non-agression Hitler-Staline, la collaboration avec l'Allemagne nazie! Cette collaboration se traduit par des actes de sabotage de la production nécessaire à l'équipement de l'armée française, la désertion de l'armée des cadres du parti (fin novembre Maurice Thorez et d'autres se tirent en URSS) alors que la France est en guerre contre l'Allemagne, les négociations avec l'occupant (juin 1940) pour faire reparaître L'Humanité, et des mots d'ordre dirigés contre les impérialistes, formule désignant la Grande-Bretagne, alliée de la France!
- Donc le PCF lutte contre l'allié de la France, c'est une trahison!
- Le fait que l'Allemagne nazie et la Russie soviétique se partagent la Pologne et d'autres territoires de l'Europe de l'est ne serait donc pas impérialiste. Peut-être un acte de solidarité?
- Le PCF ne dit plus un mot sur l'Allemagne qui n'est plus l'ennemi et encore moins fasciste!
Quand on rappelle que le leitmotiv de la politique du PCF durant les années 1930 a été de défendre l'URSS qui serait pour la paix (Congrès d'Amsterdam de 1932), alors que c'est la Russie soviétique, qui, en signant un pacte de non-agression avec l'Allemagne nazie est co-responsable du déclenchement de la Seconde guerre mondiale!
Reprenons Wikipédia ! «Avec l'occupation de Paris par les Allemands et l'instauration du gouvernement de Vichy, Guy déploie une grande ardeur militante pour coller des « papillons » et distribuer des tracts qui reflètent la ligne politique de son parti en été 1940. Quelle est la teneur de ces tracts ? On y dénonce évidemment l'occupation étrangère mais c'est surtout la misère qui est épinglée [la misère et la famine en URSS, on n'en parle jamais] : « Des magnats d'industrie (Schneider, De Wendel, Michelin, Mercier [...]), tous, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l'ont contraint à subir l'occupation étrangère [...].»
Pour cacher la réalité, à savoir que c'est le pacte Hitler-Staline qui est le responsable du déclenchement de la guerre, il faut donc aiguiller la colère des Français sur les riches. Grâce au pacte, Hitler a pu attaquer à l'est pour se partager la Pologne avec Staline, et comme l'armée française n'était pas prête, l'Allemagne ne craignait pas deux fronts. Ensuite, en sachant que Staline n'attaquerait pas à l'est, Hitler a porté la bataille à l'ouest, gagné la bataille de France et perdu celle d'Angleterre.
Staline a collaboré avec Hitler et le PCF, section française de l'Internationale communiste du "grand bourreau des peuples", aussi. Donc "ont trahi notre pays et l'ont contraint à subir l'occupation étrangère" s'applique en fait au PCF.
Wiki suite: «Guy est arrêté à 16 ans le 13 octobre 1940 au métro Gare de l'Est par des policiers français qui recherchent les militants communistes. Les policiers le passent à tabac pour qu'il révèle les noms des amis de son père [5]. Emprisonné à Fresnes, puis à Clairvaux, il est ensuite transféré malgré son acquittement au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique), où étaient détenus d'autres militants communistes généralement arrêtés entre septembre 1939 et octobre 1940.» C'est donc en tant que collabo que Guy Môquet est arrêté!
Wiki fin: «Le 20 octobre 1941, Karl Hotz, commandant des troupes d'occupation de la Loire-inférieure, est exécuté à Nantes par trois jeunes communistes. Le ministre de l'Intérieur du gouvernement de collaboration de Pétain, Pierre Pucheu, sélectionne des otages communistes « pour éviter de laisser fusiller 50 bons Français »: 18 emprisonnés à Nantes, 27 à Châteaubriant et 5 Nantais emprisonnés à Paris. Deux jours plus tard, neuf poteaux sont dressés à la Sablière, vaste carrière à la sortie de Châteaubriant. En trois groupes, les 27 otages s'y appuient, refusent qu'on leur bande les yeux et donnent leur vie en s'écriant « vive la France! ». Guy Môquet est le plus jeune. Il a un évanouissement mais il est fusillé dans cet état. Il est abattu à 16h00. Avant d'être fusillé, il avait écrit une lettre à ses parents.»
Le pacte Hitler-Staline ayant été rompu par l'Allemagne nazie le 21 juin 1941, c'est à ce moment seulement que le PCF commença la résistance. Le premier attentat du PCF contre l'occupant allemand date du 21 août 1941, neuf heures, quand le colonel Fabien, pseudo de Pierre Félix Georges, abattait l’assistant d’intendance Alfons Moser sur le quai de la station Barbès.! Avant Barbarossa, le PCF défendait l'URSS, pas la France qui avait déclaré la guerre en solidarité avec la Pologne et encore moins la France occupée.
«Selon la pierre tombale du caveau où il repose au cimetière parisien du Père-Lachaise, aux côtés de son frère et d'autres héros et martyrs de la Résistance fusillés par les nazis», Guy Môquet a bien été fusillé par les Allemands, mais il n'est en tout cas ni un héros et encore moins un martyre de la Résistance. Sa mort est bien évidemment dommage, mais ce n'est pas une raison pour travestir la réalité des faits. Quand il a été arrêté, c'était bien pour collaboration avec l'ennemi, les Allemands, qui le fusillérent suite à la rupture du pacte de non-agression.
On comprend alors le terrorisme intellectuel et armé dont usa le PCF bien avant la Libération pour faire taire ceux qui osaient rappeler la collaboration du PCF avec l'Allemagne nazie jusqu'à Barbarossa. Cette "épuration sauvage" fit des milliers de victimes…
Mes excuses pour avoir écorché le nom du prince Vinh-San.C'est vrai que j'ai tendance à poster sans me relire.Je ferai attention la prochaine fois.
Rédigé par: Coeur à gauche | 24 octobre 2007 à 17:00
GUY MÔQUET VU DE LA REUNION
Sans déroger aux instructions officielles, on peut souhaiter des témoignages de Réunionnais lors de la journée de commération du 29/10/07. Dans cet objectif, pourquoi ne pas l'enrichir par le contexte local. Au préalable, il faudrait souligner que l'ambiguité du Parti Communiste est, ici, un faux problème. En effet, s'il existait,à l'époque, des Réunionnais de tendance communiste et de la même génération que Guy MÔquet, le contexte est différent et l'opposition à Vichy (au Gouverneur Aubert)ne présente pas les mêmes caractères (pas d'occupant étranger, pas de propagande communiste...). Question : que signifiait Résister à la Réunion, en 1941? Est-ce que les Communistes de la Réunion pouvaient agir à la manière de Guy Môquet? Pour la Gauche réunionnaise, s'opposer à Vichy, c'était évident, mais difficile, dans une île où tout le monde était surveillé, où les suspects risquaient de perdre leur emploi ou aller un temps en prison, juste pour la moindre manifestation d'opinion démocratique. La seule solution eût été d'aller à Maurice, rallier les Anglais, au risque de périr en mer. Les Résistants étaient donc coincés sur l'île, sauf à capter une radio anglaise ou gaulliste(cf. le prince Vin-Sanh). Il faudra attendre fin 1942, lorsque les Gaullistes débarquent à la Réunion pour pouvoir quitter l'île et s'engager dans les FFL. Où ai-je envie d'en venir? Je pense qu'à la Réunion, il y a encore des gens de la même génération que Guy Môquet qui pourraient témoigner de leur engagement, à l'exemple des frères Vergès. Néanmoins, si l'occasion se présentait, il faudrait encore une fois préciser que le contexte n'était pas le même qu'en Métropole. Ici, s'il y avait des tendances communistes, il n'y avait pas encore de mouvement communiste structuré (clandestin ou non). Partant de là, peut-on parler de récupération? Ceux qui ont fait de la Résistance l'ont fait par patriotisme plus que par idéologie. Entendre leur point de vue me paraîtrait aussi légitime que celui des non-communistes. Il n'a pas eu de Jean Moulin ou de Guy Môquet réunionnais, mais il y a eu des volontaires, morts pour la France en 1944-1945. Mais, ceci dépasse le cadre de la commération voulue par le Président de la République. J'ajouterai, dans un autre ordre d'idées, qu'il est dommage qu'il n'existe pas de lettres d'esclave(autre contexte, autre époque, autre Résistance pour des hommes contraints au silence, école fermée lors des cérémonies de commération). Je terminerai en disant que tout commentaire et critique seront les bienvenus. A quand, la mise en place d'un espace de onvivialité,genre "café historique" où les Historiens et les amateurs d'Histoire pourraient se rencontrer, sans tomber dans une "société savante" réservée uniquement aux érudits.
Rédigé par: Coeur à gauche | 24 octobre 2007 à 16:15
Mes réflexions sur Guy Môquet (suite).
Effectivement, on peut aborder l'histoire de Guy Môquet de deux manières. D'abord, celle qui est demandée à l'occasion de la lecture de sa lettre. A savoir, un jeune assassiné par les Allemands, qui écrit une lettre sobre, pleine de dignité, de courage,sans glorifier sa propre mort et sans se poser en martyr (même s'il espère que sa mort servira à quelque chose). Il est entré dans la Mémoire de la Résistance, c'est une sorte d'icône. L'autre versant des faits c'est que Guy Môquet était un militant communiste. Ce qui renvoie à l'ambigüité de la politique du Parti Communiste entre septembre 1939 et juin 1941. Guy Môquet a été arrêté par la police française en tant qu'opposant au gouvernement de Vichy et ceci à un moment où le parti communiste a une attitude peu claire. Il y a une distinction à faire entre une direction totalement inféodée à Moscou (alors que Staline est allié à Hitler) et de simples militants (parfois très jeunes) qui peuvent agir par réflexe patriotique : cela peut être le cas de Guy Môquet (comment le savoir réellement?). Tout ceci ne peut être expliqué aux élèves que dans le cadre d'un cours complet sur la France pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Néanmoins, il est sûr que les jeunes d'aujourd'hui ne veulent plus vivre de telles situations. Tout cela nous montre aussi que la Mémoire et l'Histoire peuvent être deux choses différentes. Parfois elles coincident si on ne gomme pas une partie de l'Histoire.
Rédigé par: Coeur à gauche | 22 octobre 2007 à 23:29
Merci de m'avoir accordé un bout d'antenne lundi matin. Je profite pour rappeler le documentaire de 1H15 environ, diffusé sur France2.fr (cliquez ensuite sur France tvod). "En avant-première et en intégralité gratuite : les Résistants de la première heure".
Françoise
Rédigé par: Coeur à gauche | 22 octobre 2007 à 22:10