Hervé Morin, la défense du centre:
JUDITH WAINTRAUB.
Publié le 13
août 2007
GOUVERNEMENT (5/15) Le
ministre de la Défense doit organiser la sensibilité centriste de la majorité.
« JE
FAIS une course contre la montre » : sous ses airs
désinvoltes, Hervé Morin sait que le temps lui est compté. L'ancien président
du groupe UDF de l'Assemblée a reçu mission d'« occuper le centre
droit » déserté par François Bayrou. Pour affirmer son autorité sur
les centristes qui l'ont suivi, Nicolas Sarkozy lui a donné un ministère
régalien, la Défense. Qu'il échoue rue Saint-Dominique, ou sur le terrain
électoral, et c'en sera fini du Nouveau Centre. « Il y a un peu moins
d'un mois, confie-t-il, Sarkozy m'a prévenu que ça allait beaucoup
tourner au gouvernement. Il m'a dit qu'un certain nombre d'entre nous allait
exploser en vol. »
Ministre de la Défense à
45 ans, onze ans après son mentor François Léotard, qui l'avait emmené
avec lui rue Saint-Dominique comme conseiller chargé des relations avec le
Parlement, Hervé Morin jouit de sa promotion éclair tout en essayant de se « faire
à l'idée d'être assis sur un siège éjectable ». À quand l'épreuve de
vérité ? Le chef de l'État a expliqué à l'état-major de l'UMP qu'il
envisageait de remanier le gouvernement en janvier, avant de soumettre ses
réformes institutionnelles au Parlement réuni en congrès. Objectif :
élargir encore l'« ouverture » pour obtenir la majorité des trois
cinquièmes et semer un peu plus de désordre dans les rangs socialistes à trois
mois des municipales. Hervé Morin pense qu'il conservera son ministère. Il ne
voit pas Nicolas Sarkozy « changer de stratégie » et se
séparer des centristes avant qu'ils aient pu faire leurs preuves. D'où le calme
avec lequel il a pris l'épisode Le Drian.
Le soir du second tour
des législatives, le chef de l'État a appelé le président PS du conseil
régional de Bretagne pour lui proposer un poste à la Défense. Offre rejetée. « Il
s'agissait sûrement d'un secrétariat d'État », veut croire le patron
du Nouveau Centre. Les centristes restés fidèles à François Bayrou ont une tout
autre interprétation de la manoeuvre. « Je serais Morin, je me ferais
du souci !, ironise le sénateur UDF Jacqueline Gourault. Les centristes,
Sarkozy s'en fout. Il a vécu une traversée du désert, il connaît la valeur de
la fidélité. Je n'ai pas beaucoup de doutes sur ce qu'il a pensé quand Morin et
les autres sont venus le voir. »
Pour les municipales,
des négociations avec l'UMP
Cette bayrouiste de choc
est persuadée que « les législatives ont montré à Sarkozy les limites
de la technique du débauchage individuel. Il a compris que ça poussait toute
une frange de notre électorat vers la gauche, et qu'il ne fallait pas en
abuser ». « Faux, riposte Jean-Christophe Baguet, ex-UDF
rallié à la candidature Sarkozy dès octobre 2006. L'électorat de gauche
qui avait été séduit par Bayrou à la présidentielle est simplement rentré au
bercail. Nos électeurs traditionnels, eux, nous ont suivis. » Le
député des Hauts-de-Seine pense que « Morin est capable de fédérer ces
centristes historiques, qui ne se reconnaissent plus dans la démarche de
Bayrou ».
Les négociations pour
les municipales entre le parti présidentiel et le Nouveau Centre serviront de
test. Hervé Morin va pouvoir les suivre de très près, puisque son secrétaire
d'État à la Défense, Alain Marleix, est aussi secrétaire national chargé des
élections à l'UMP. Ils cohabitent depuis les législatives et leurs relations
sont « excellentes » au dire de tous ceux qui les ont vus
ensemble. Gros travailleur, Marleix est réputé pour son caractère affable et
son inusable patience. Quant à Morin, « il est un peu brut de
décoffrage, mais c'est un malin et un fonceur », juge
Pierre-Christophe Baguet. « Il est carré et il ne prend pas les gens en
traître : quand il m'a fait virer par le groupe UDF, il m'a téléphoné
avant pour me prévenir. Et il m'a envoyé ses voeux en 2007, ce qui m'a fait
marrer ».
Son caractère, le
ministre de la Défense a eu l'occasion de le montrer dès son arrivée rue
Saint-Dominique. Il a décidé d'y passer le plus de temps possible. « Michèle
Alliot-Marie était tout le temps sur le terrain, ce qui veut dire qu'elle
n'était pas ici à prendre les décisions. Moi, je refuse d'être une
marionnette. »
On raconte rue
Saint-Dominique que les premières semaines, les relations entre le ministre et
Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major des armées, ont été du genre « viriles ».
Déjà mis sous étroite surveillance par l'Élysée et par Matignon, Morin n'a
aucune envie de « laisser les militaires prendre les décisions à sa
place ».
Éviter une diminution de
ses crédits
Dans un domaine aussi
sensible que la Défense, il est difficile pour un ministre d'imprimer sa
marque. Surtout en période de restriction budgétaire. Entre un Fillon « debout
sur le frein » pour éviter que les dépenses dérapent, et un Sarkozy « tenu
par ses engagements devant les Français », Morin se démène pour éviter
une diminution de ses crédits.
Combat difficile, et peu
lisible par l'opinion. Pour faire exister le Nouveau Centre dans la majorité,
son chef a besoin de sujets porteurs, et aussi d'alliés. Mais il se réserve le
droit de les choisir. Frustrés d'être si peu représentés au gouvernement, les
ex-centristes qui avaient rejoint l'UMP dès 2002 ont menacé un temps de quitter
le parti présidentiel pour le Nouveau Centre. Morin, qui ne s'est pas émancipé de
la tutelle de Bayrou pour se soumettre à celle d'un Méhaignerie ou d'un
Raffarin, leur a fait savoir qu'il n'était « pas là pour récupérer les
UMP fâchés ». En revanche, il a accepté les offres de collaborations
ponctuelles des réformateurs.
Leur président fondateur, Hervé Novelli, est une vieille connaissance et un ami. Les deux Hervé habitent le même immeuble du XVIIe arrondissement. Aussi jaloux l'un que l'autre de préserver l'originalité de leurs mouvements , ils ont décidé de tester leur compatibilité en organisant ensemble deux colloques à la rentrée. L'un, sur l'instauration d'un small business act à la française, sera animé par Hervé Novelli, secrétaire d'État chargé des entreprises, tandis qu'Hervé Morin pilotera les travaux de l'autre, consacrés aux réformes institutionnelles. Tous ces projets figuraient parmi les propositions phares du candidat Bayrou. Morin a négocié avec Sarkozy leur inscription dans la plate-forme commune de l'UMP et des centristes ralliés pour les législatives. De sa capacité à les faire aboutir dépendra le poids politique futur du Nouveau Centre

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